Géographie et climat



Bisse d’Ayent © Michel Darbellay – MV-Martigny


La première raison qui vient à l’esprit pour expliquer la construction et le développement des bisses du Valais est, naturellement, le fait que de vastes régions souffrent de sécheresse relative, alors qu’à proximité coulent des rivières alimentées durant la saison chaude et sèche par la fonte des glaciers.

Situé au cœur des Alpes, le Valais est une grande vallée longitudinale de 110 kilomètres, encaissée entre deux chaînes de montagnes parallèles : les Alpes bernoises et les Alpes valaisannes, qui font barrage au passage des perturbations atlantiques et méditerranéennes. De ce fait, les régions d’altitude reçoivent d’importantes précipitations alors que dans la plaine et sur les bas-coteaux le climat est sec et chaud.

Malgré la diversité des microclimats qui régissent l’essentiel des zones cultivées entre Brigue et Martigny, une caractéristique commune l’emporte : tant du point de vue des précipitations absolues que du nombre de jours sans pluie, le canton du Valais est le plus sec de Suisse (Actes 1995, Emmanuel Reynard, p. 49).

Tandis que les régions du Plateau suisse et les vallées des Préalpes reçoivent respectivement plus de 1000 mm et 1500 mm d’eau par année, la moyenne annuelle des précipitations du XXe siècle est très inférieure dans tout le fond de la vallée du Rhône entre Martigny et Brigue et dans la partie basse des grandes vallées latérales, où elle se situe approximativement à 600 mm par année (voir la carte et le tableau ci-dessous).

Précipitations annuelles

Le climat


De plus, précisent les géographes, à altitude égale, les précipitations ne sont pas réparties de manière uniforme dans tout le canton : ainsi, dans les Alpes bernoises, elles augmentent de l’ouest vers l’est, du massif de Morcles vers le massif de la Jungfrau, alors que dans les Alpes valaisannes, elles diminuent de l’ouest vers l’est, du massif du Mont-Blanc vers le massif du Mont-Rose et la chaîne des Mischabel. Le Chablais et la vallée de Conches reçoivent de plus grandes quantités de précipitations, à l’image des Préalpes. On comprend dès lors pourquoi les régions de l’adret du Valais central et celles des alentours de Viège sont les plus riches en bisses et qu’au contraire, le Chablais et la vallée de Conches n’en ont pratiquement pas.

L’évaporation accentue encore le déficit des précipitations. Le nombre d’heures d’ensoleillement est élevé, en particulier dans le Valais central où l’on compte 2014 heures de moyenne annuelle à Sion entre 1901 et 1993, contre 1647 à Neuchâtel (Actes 1995, Emmanuel Reynard, p. 49).

Au total donc, comme le remarque André Mermoud, professeur à l’EPFL, le déficit en eau est considérable pour assurer une production optimale, car, si on fait le bilan entre les apports d’une part et les pertes de l’autre, on aboutit pour la période estivale […] à un déficit, en plaine, dans la région du Valais central, de l’ordre de 300 mm. Cela veut dire qu’il manque 300 litres d’eau par m2 aux cultures pour qu’elles prospèrent dans de bonnes conditions (Actes 1995, p. 108).


Salgesch et les bisses du coteau © Jean-Henry Papilloud – SHVR


Naturellement, observe Jean-Marc Pillet, naturaliste, ces caractéristiques climatiques se lisent dans le paysage. En remontant la vallée du Rhône à partir de Martigny, on voit apparaître les premières steppes, les forêts de chênes pubescents, les pinèdes et les cultures spécialisées qui s’accommodent d’une faible humidité. La forte pente des versants, le foehn (vent chaud et sec) et les vents de vallée renforcent les effets de la sécheresse et donnent une touche méditerranéenne à la composition de la flore et à l’aspect général des sites. Comme les habitants d’autres vallées alpines aux caractéristiques analogues, tels le val d’Aoste, l’Isère (Tarentaise), l’Arc (Maurienne), le val de Suse (Piémont), la Romanche, la vallée de la Durance (Briançonnais), le Queyras, l’Engadine (Grisons) ou les vallées tyroliennes, les Valaisans ont eu recours à l’irrigation artificielle pour pallier le manque d’eau (Informations inédites obligeamment transmises par Jean-Marc Pillet).

Dans la mesure où le déficit des précipitations est surtout sensible durant les mois chauds de l’été, les apports doivent être fournis par des rivières ou des torrents qui ne suivent pas le régime des pluies. En Valais, ce sont les cours d’eau alimentés par la fonte des glaciers supérieurs qui sont la source principale de l’irrigation artificielle. De ce fait, les grands bisses valaisans sont alimentés par les rivières à régime glaciaire et glacio-nival telles que la Morge, la Lienne, la Raspille, la Dala, la Massa, pour la rive droite, et, pour la rive gauche, la Viège, la Navizence, la Borgne et la Printze. Mais un climat sec et des rivières glaciaires ne suffisent pas à expliquer l’existence des bisses, car, comme le relève Emmanuel Reynard, on ne saurait parler d’aridité puisque d’un point de vue climatique, l’agriculture sans arrosage artificiel est théoriquement possible partout (Actes 1995, Emmanuel Reynard, p. 50). À côté des données climatiques, d’autres facteurs tout aussi importants montrent pourquoi les Valaisans ont dû construire un réseau d’irrigation qui a suscité l’admiration des observateurs. L’évolution historique du phénomène est, à cet égard, riche d’enseignements.

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