Introduction


Les bisses comme éléments du patrimoine


Creusés dans le sol, suspendus ou taillés dans les parois rocheuses, comme des cicatrices chargées de souvenirs, les bisses du Valais sont des témoins importants d’une histoire, d’une culture, d’une civilisation. Davantage que tout autre élément du patrimoine, ils symbolisent le combat des Valaisans pour le contrôle de l’eau.

En 1994, un premier colloque international (Actes 1995) a rassemblé autour de cette question des chercheurs venus d’horizons géographiques et scientifiques les plus divers. Pendant trois jours, historiens, géographes, ethnologues et techniciens ont mis en commun leurs hypothèses, leurs informations et leurs expériences. Les conférences et les débats ont révélé des pistes de recherche dégageant de la problématique des bisses un véritable faisceau de questions à poser à notre passé. Ils ont aussi mis en évidence le flou des connaissances et surtout l’absence d’ouvrages généraux qui situent les bisses et leur évolution dans leur contexte géographique, économique, social et culturel.

Le deuxième colloque international, organisé à Sion, Bramois et Savièse, du 2 au 5 septembre 2010 (Actes 2011), a creusé d’autres pistes de réflexion et de recherche. Les intervenants, issus de disciplines diverses, ont permis aux nombreux participants de redécouvrir l’intérêt social, culturel, politique et économique des bisses et de comprendre l’extraordinaire engouement que suscite les bisses, dont le terme même, en dépit de ses racines valaisannes, s’impose dans les dictionnaires et le langage courant. Deux éléments centraux ont été particulièrement mis en évidence. Tout d’abord le système de gestion communautaire qui sous-tend le fonctionnement des bisses : les consortages et leurs pratiques deviennent des sources d’inspiration pour la conduite de l’économie, une alternative à l’étatisation ou à la privatisation. D’autre part, le colloque s’est longuement penché sur la question de l’inscription des bisses du Valais sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Comme le premier colloque, le deuxième a mis en évidence l’ampleur des recherches encore à réaliser pour mieux connaître les bisses dans toutes leurs dimensions.

L’encyclopédie des bisses du Valais n’a pas la prétention de combler toutes les lacunes ; elle tente de présenter une première vue d’ensemble. L’objectif, ambitieux, se rapproche de celui qu’Auguste Vautier visait en 1928 déjà, lorsqu’il préconisait la rédaction d’une véritable encyclopédie des bisses, source inépuisable de renseignements. Comme lui, nous sommes conscients que décrire les bisses du Valais, après les avoir tous visités, de leur origine à leur point terminus, c’est, pour un seul auteur, une impossibilité matérielle s’il ne peut pas y consacrer tout son temps pendant de nombreuses saisons (Vautier 1928, p. 100).

C’est pourquoi L’encyclopédie des bisses du Valais est le fruit d’un travail d’équipe. Grâce aux données des colloques et de l’Inventaire cantonal des bisses de 1993 – un nouveau relevé des tracés est en cours –, il devenait possible de lancer les « groupes d’explorateurs » imaginés par Auguste Vautier pour découvrir les différents bisses du Valais.

(Source principale : Les bisses du Valais, Monographic, Sierre, 2013)

Suite : Le nom des bisses


Ferpècle, Évolène © Martin Fardey, SHVR, 2006