Les bisses et la fertilité du Valais
Au prix d’un grand labeur et grâce à leur extraordinaire habileté, les habitants ont coutume de travailler toutes les terres cultivables et déploient beaucoup d’efforts pour dévier les cours d’eau. Et de fait, ils ont l’habitude d’irriguer non seulement les prés et les jardins, mais aussi les vignes, ce qui n’est pas fréquent dans nos régions. C’est pourquoi ils font descendre l’eau du sommet des montagnes dans des canaux en bois sur une distance de deux mille et même plus, à grands frais et parfois même au péril de leur vie, puisque des hommes suspendus à des cordes taillent le flanc des parois rocheuses nues afin d’y accrocher les chenaux posés sur des supports et des chevrons. Aussi, bien que la vallée soit étroite et peu étendue, ils font cependant en sorte, par leur ingéniosité, que, quelle que soit la qualité du sol, sa fertilité l’emporte sur celle de toutes les régions voisines.
Extrait de Josias Simler, Vallesiae Descriptio / Description du Valais, 1574, Traduction de Anne Andenmatten et Kevin Bovier, 2025, Schwabe Verlag, p. 63.
Vallesiae fertilitas
Incolae ipsi magno labore et singulari industria omnia loca, quae modo culturam admittunt, exercere solent ; multum autem operae in aquis derivandis ponunt. Etenim non tantum prata et hortos, sed, quod in nostris regionibus inusitatum est, vineas quoque irrigare consueverunt. Itaque e summis montibus aquam ligneis canalibus per duo milliaria aut etiam amplius deducunt, magnis sumptibus et aliquando etiam magno vitae periculo, quando homines funibus suspensi, nudarum rupium latera caedunt, ut ex his suppositis tibicinibus et caeteriis canales suspendant. Quare etsi vallis arcta et exigua sit, hac tamen industria efficiunt, ut idipsum quicquid est soli fertilitate nulli finitimarum regionum cedat.
Extrait de Josias Simler, Vallesiae Descriptio / Description du Valais, 1574, Traduction de Anne Andenmatten et Kevin Bovier, 2025, Schwabe Verlag, p. 62.